|
AGRICULTURE ET ENERGIE FOSSILE
On oublie souvent que l’agriculture dite «intensive» consomme beaucoup d’énergie au travers notamment de la mécanisation et de la fertilisation, sans oublier bien sur le transport induit par la régionalisation des productions (à l’échelle nationale et aujourd’hui internationale). Et c’est bien grâce à l’utilisation massive de pétrole que l’on doit les augmentations de rendements spectaculaires des dernières décennies. Avec la raréfaction des ressources en énergies fossiles, nous arrivons à un tournant de notre civilisation, et en attendant que se développent des solutions énergétiques alternatives, c’est la fin de l’énergie à bon marché.
L'agriculture se sert depuis toujours des plantes comme transformateur de l'énergie solaire en énergie "alimentaire". Pour assurer l’alimentation des quelques 9 milliards d’êtres humains prévus en 2050, il est nécessaire de multiplier par 3 la production agricole [1]. En fait les besoins pourraient s’avérer plus importants, notamment en raison de la très probable concurrence qui va se développer entre production agricole à destinée alimentaire et production à destinée industrielle et énergétique (plastiques, huiles, additifs,…) en substitution des produits dérivés du pétrole. Les Etats-Unis par exemple ont pour objectif d’utiliser 40% de leur production de maïs grain à des fins industrielles. En plus des graves problèmes d’érosion des sols, de pollutions et d’épuisement des ressources, nous sommes donc également face à un simple problème de sécurité alimentaire.
.
AGRICULTURE DE CONSERVATION ET ENERGIE
Face à la pénurie prévisible d’énergie fossile, et comme dans tous les secteurs (habitat, transport…), la solution la plus efficace consiste d'abord à économiser l’énergie. La minimisation du travail du sol en réduisant fortement la mécanisation est l’aspect le plus visible des économies possibles, mais non la seule. Avec le développement d’un sol performant et fertile, des économies d’intrants également coûteux en énergie sont possibles (engrais et irrigation).
S’il est possible de réduire la part d’énergie fossile injectée dans les systèmes agricoles « intensifs » tout en ayant des résultats techniques comparables, c’est que l’énergie issue du monde vivant a pris le relais. Le cas des vers de terre, des collemboles ou des acariens travaillant le sol à la place de l’outil est une illustration simple de ce principe, mais il en est de même pour toutes les fonctions de l’écosystèmes (auxiliaires contrôlant les ravageurs, champignons assurant la nutrition des plantes …). Pour vivre et remplir ses fonctions, une activité biologique performante a, tout comme le tracteur, besoin d’énergie pour fonctionner. Cette énergie est issue de la matière organique fraîche ou évoluée issue de la photosynthèse. D’où l’intérêt de produire et de recycler au champ un maximum de biomasse : conservation des résidus de récolte, plantes de couverture, arbres, composts et boues...
AGRICULTURE DE CONSERVATION ET EFFET DE SERRE
L’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère depuis l’avènement de l’âge industriel a pour effet une élévation globale de température conduisant à des changements climatiques majeurs. En fait, l’homme a libéré de façon massive le dioxyde de carbone contenu dans les ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon, tourbe et matière organique des sols). Pour l’agriculteur, lutter contre l’effet de serre c’est :
- Réduire la consommation d’énergie fossile dans son système de production (simplification du travail du sol, réduction de la fertilisation et de l’irrigation…) ;
- Augmenter l’utilisation d’énergies à caractère renouvelable (énergies issue de la biomasse, éolien, solaire…) ;
- Stocker du carbone dans les sols (plantes de couverture, plantation de ligneux, agroforesterie…) ;
- Eviter de déstocker du carbone par un travail intensif (labour et/ou déchaumages répétés).

Dans cette expérimentation, les flux de CO2 issus de la minéralisation sont mesurés pour différents types de travail du sol. En traitement labour il a suffit de 19 jours pour libérer davantage de C02 que la culture de blé précédente n’en a stocké
dans le sol : le travail intensif du sol a non seulement " décapitalisé " le carbone stocké par la culture (185 g C/m²) mais également entamé le stock résiduel (64 g C/m²).
Note : cependant il s'agit d'un blé de printemps à faible rendement, ayant par conséquent stocké peu de carbone.
_____________________________________
[1] Ce besoin exponentiel est dû à l’explosion de la demande en produits carnés, sachant qu’en moyenne une calorie animale produite demande 7 calories végétales (retour)
Retour haut de page
|