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La rotation est le 3ème pilier de l'agriculture de conservation
Un résumé de la présentation sur les rotations en agriculture de conservation est disponible en téléchargement ici
Pour plus d'information sur la rotation et le désherbage : TCS n° 34 : Anticiper et gérer
le salissement et n°39 : Rotation : 3ème
pilier de l’AC mais pas le moindre.
L’agriculture de conservation repose sur les trois axes que sont la réduction du travail du sol, le semis direct et la couverture végétale. Si la réduction du travail du sol et l’établissement de couverts en interculture restent relativement simples à intégrer dans les systèmes, la conception de rotations adaptées au semis direct et aux TCS est souvent la dernière et la plus difficile des thématiques abordées. Il est d’ailleurs toujours plus facile d'utiliser la technologie disponible (produits phytos, matériel, engrais...) que de changer de stratégie de rotation. Cependant, la technologie n'a pas de réponse systématique à tous les problèmes et peut être coûteuse ou risque de le devenir. Enfin, elle n'offre pas de réponse à long terme aux problèmes de désherbage ou de maladies en raison des inévitables phénomènes de résistance et d’adaptation propres aux êtres vivants que sont les adventices, les ravageurs et les maladies. Quand bien même on trouverait des technologies efficaces à long terme, elles peuvent être refusées par les consommateurs citoyens.
Sur le plan théorique, la rotation ne se résume pas à l’empilement de cultures les unes derrière les autres mais répond à quatre principes de base :
- Connaître et garder en tête les objectifs de la rotation dans son système de culture : désherbage, maladies, production et recyclage d’azote, sécurisation du revenu, étalement du risque climatique…
- Connaître son agro-écosystème en observant le milieu environnant pour définir une intensité optimale : comment utiliser au mieux les ressources en température (saison), en eau et en éléments minéraux du système sans l’épuiser (non durable) mais sans les sous employer (pollution ou extensivité) ; en résumé, quelles sont les plantes les plus adaptées et à quelle période de l’année.
- Savoir construire sa rotation : comment enchaîner les cultures et couverts de façon optimale en conservant une diversité biologique (espèces, variétés), une diversité saisonnière (cultures d’hiver et de printemps), une diversité de morphologie (port aérien, système racinaire...).
- Se donner les moyens d'adapter cette rotation sur le terrain : réfléchir à la rentabilité de l’ensemble de la rotation et non plus de la marge brute de la culture ; réfléchir aux successions et imputer au précédent les impacts positifs ou négatifs (exemple : azote produit par un précédent légumineuse, salissement du précédent, rémanence phytototoxique…)
Salissement et rotation
Comme le savent les agriculteurs, il est préférable de laisser en surface les graines de colza tombées après la récolte : les semences germent et on peut les détruire avant de semer la culture suivante. A l’inverse, un travail du sol juste après la récolte du colza enfouit les graines qui vont germer progressivement les années suivantes … dans les cultures. Laisser les graines en surface est donc l’avantage décisif du semis direct par rapport à tout travail du sol qui maintient un stock d’adventices potentielles d’autant plus important que le travail est profond. Encore faut-il parvenir en semis direct à construire une rotation adaptée.
Pour la plupart des espèces adventices, la majorité des graines ne survivent pas en surface au-delà de deux ans. C’est donc la période minimale qu’il faut avant retour d’une culture de même type : culture d’hiver ou de printemps, graminées ou dicotylédones…

En résumé, le maintien des graines en surface augmente le taux de décroissance annuelle (TAD) du stock, car les graines sont plus exposées aux aléas climatiques et aux prédateurs : elles ne sont pas dans des conditions optimales de conservation / germination. En labour on détruit la végétation adventice en place mais par là même, on enfouit et protège les graines dans le sol jusqu'au labour suivant qui les ramène en surface. Pour maintenir un bas niveau de salissement, il faut concevoir une rotation dans laquelle on établit un " vide sanitaire " de deux ans avant le retour d'une culture avec le même risque de salissement. En TCS et semis direct, en fonction de la rotation on peut donc le pire comme le meilleur.

On peut aussi se pencher sur le cycle des adventices pour éviter de semer des cultures qui vont se développer en même temps que les adventices qui posent problème !
On obtient un principe de rotation " 2/2 " dans lequel un type de culture ne revient que tous les deux ans. Par exemple, dans la rotation " pois - blé - colza - blé ", il y a seulement une année entre chaque blé, de même qu'entre les deux dicotylédones de la rotation que sont le pois et le colza. Si on intervertit le colza et le blé on a " pois - colza - blé - blé " : pendant deux ans on peut gérer le salissement " graminées " dans le pois et le colza, le salisssement " dicot " dans les blés, ... Si on remplace le deuxième blé par une culture de printemps (maïs ou orge) et que le pois est semé au printemps, on peut également s'occuper du sallissement " hiver " pendant les cultrures de maïs et pois, et du salissement " été " pendant la culture de colza et de blé. De plus, et pour ne rien gâcher, le fait d'ôter la paille comme précédent au colza permet d'éviter les problèmes de semis direct de colza dans une surface encombrée de résidus, de supprimer les problèmes de faim d'azote et de limaces. Ainsi, sans modifier la rotation mais en la réorganisant on peut commencer à faire de l'excellent travail.

Les travaux de Dwayne Beck, chercheur américain de l'université de Pierre dans le South Dakota montrent qu'une rotation correctement élaborée en semis direct permet de réduire drastiquement les traitements herbicides. Ce type de rotation est construit sur le principe 2/2 et le semis direct est réalisé avec un minimum de perturbation de la surface du sol. Les résultats parlent d'eaux-mêmes : sur la ferme expériementale de 500 ha gérée par D. Beck, il n'a pas été utilisé d'antigraminées depuis la fin des années 80's, la plupart des blés ne reçoivent aucun herbicides, en 2007 aucun insecticide n'est utilisé sur les cultures, un seul fongicide est appliquée en raison du climat très humide à la reprise de végétation.

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