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DÉGRADATION DES SOLS ET DE L'ENVIRONNEMENT
La dégradation accélérée des terres arables et
des ressources en eau, la forte demande en énergie fossile de l'agriculture
des pays du Nord, soulèvent des problèmes de durabilité
dans un contexte de réchauffement climatique et de pollution, d'explosion
de la demande en eau destinée à l'irrigation, et de réduction
de la biodiversité. Dans un avenir proche, l'agriculture aura des difficultés
pour assurer l'alimentation des 10 milliards d'êtres humains prévus
pour 2070. Les pratiques agricoles traditionnelles des pays du Sud parviennent
difficilement à nourrir des populations croissantes, et l'agriculture
des pays industrialisés, en dégradant l'environnement, arrive
à ses limites.
En France,
c'est essentiellement après la seconde guerre mondiale que l'agriculture
industrielle se développe. La mécanisation et la chimie, le
drainage et les amendements calcaires permettent de mettre en valeur des terrains
jusque-là non cultivés ; les parcelles sont agrandies et le
territoire remembré, pour permettre de rentabiliser des engins de plus
en plus puissants et encombrants. Dans les années 70-80 commencent
alors à être mis en évidence de graves problèmes
environnementaux (pollution des eaux, érosion, déséquilibre
écologique), alors que se développe parallèlement une
crise agricole.
PROCESSUS DE DÉGRADATION DE LA RESSOURCE
Perturbation de la vie du sol
Les organismes vivant dans le sol (2 tonnes à 5 tonnes d'organismes
vivants par ha) assurent sa structuration, le
recyclage des éléments minéraux et la nutrition des plantes.
Avec l'accroissement de la profondeur des labours, la répétition
des interventions mécaniques sur le sol et l'emploi d'outils rotatifs,
les plus gros individus sont éliminés. La structuration dynamique,
les cycles de fabrication de l'humus et de contrôle naturel des ravageurs
sont perturbés : l'homme est obligé de compenser par davantage
de travail du sol, de fertilisants et de produits phytosanitaires.
Minéralisation de la matière organique
Parallèlement, l'aération et la fragmentation de l'horizon superficiel
induisent une minéralisation de l'humus supérieure à
sa capacité de formation. Ce
phénomène est amplifié par l'absence de couvert en interculture,
l'exportation ou le brûlage des résidus de culture, ainsi que
par la pauvreté des rotations culturales. Or le complexe organo-minéral,
composé de matière organique évoluée (l'humus)
et de minéraux, est la clé de voûte de la stabilité
et de la fertilité du sol : il lui confère une architecture
résistante aux agressions climatiques, améliore la capacité
de circulation et de stockage de l'eau, la rétention et la redistribution
des éléments minéraux nécessaires aux cultures.
Même si la minéralisation des matières organiques par
le travail du sol est un moyen efficace de fertiliser les cultures, cette
libération d'éléments est devenue trop importante et
le taux de matière organique des sols diminue.
Stratification des sols
Avec la disparition
de l'humus et la perturbation de la vie du sol, la stabilité structurale
diminue, et les sols agricole deviennent plus sensibles à la battance
et aux compactions. Progressivement, le sol se stratifie horizontalement,
réduisant la réserve utile potentielle et le volume exploitable
par les racines.
Pollutions, inondations
La stratification
du sol conduit à des transferts d'eau et de matières hors des
parcelles cultivées. Ces eaux drainées et/ou ruisselées
sont chargées de matières en suspension, de fertilisants et
de produits phytosanitaires. Cette réduction de l'infiltration des
eaux contribue à l'aggravation du ruissellement, des inondations, des
coulées de boue et donc des coûts pour la collectivité
(dépollution, aménagements, pompage, assurances
). À
court terme, les pertes d'éléments minéraux, d'eau et
de pesticides conduisent en amont à une augmentation de la fertilisation
chimique, de l'irrigation et des traitements phytosanitaires, et en aval à
des pollutions. À plus long terme, la perte de terre entraîne
une érosion physique, chimique et biologique du " capital sol
".
Face à ces enjeux économiques et environnementaux majeurs,
et au-delà des solutions ponctuelles, il est nécessaire de revenir
à une agronomie opérationnelle et de concevoir de nouveaux systèmes
de production. L'Agriculture de Conservation vise à préserver
et développer le sol et donc la vie qui lui est associée. En
associant production, économie et environnement, elle est une piste
intéressante vers la durabilité des systèmes agricoles.
Quand une image vaut mieux qu'un long discours

Deux parcelles voisines en sol fragile : à gauche,
travail conventionnel (battance, déstructuration, peu de matière
organique et faible activité biologique) et à droite après
6 ans d'Agriculture de Conservation, le sol s'est réorganisé
et présente une meilleure fertilité soutenue par une intense
activité biologique.
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