|
COUVERTS VEGETAUX, VERS L'AGRICULTURE DURABLE
Les nombreux travaux sur les couverts végétaux montrent leur efficacité dans la lutte contre le lessivage des nitrates et l’érosion : c’est aujourd’hui une solution facile et efficace, et sans doute prochainement obligatoire avec la réforme de la PAC. Cependant, la fonction des couverts ne se limitent pas à un simple rôle de « piège à nitrates » : ils tiennent une place prépondérante dans des systèmes de culture performants, plus autonomes et respectueux de l’environnement. les couverts sont un outil vers l'agriculture durable.
La pratique des couverts à un impact économique, technique et agronomique sur les itinéraires culturaux et la gestion globale de l’exploitation. Pour réussir son interculture, il est nécessaire de passer d’une gestion à court terme à une gestion à moyen et long terme, permettant de nouveaux modes de production. Il est nécessaire d’acquérir de nouvelles compétences et de rechercher de nouvelles connaissances :
-
Techniques : il est nécessaire d’apprendre à choisir ses couverts, savoir les implanter, les entretenir et les détruire en fonction de ses objectifs et des moyens de l’exploitation ;
-
Economiques : l’implantation et la destruction du couvert représentent un coût en terme de temps de travail, de mécanisation ou d’achat d’intrants. Cependant en regard des bénéfices à moyen et à long terme apportés par une pratique régulière et adaptée de la couverture de l’interculture, il s’agit plutôt d’un investissement que d’un coût, la réflexion devant se faire à l’échelle de la rotation et non plus à l’échelle de l’année culturale ;
-
Agronomiques : c’est l’ensemble du système de culture qui peut être modifié, notamment la fertilité du sol, ses réserves en eau ou encore la gestion des adventices et des ravageurs. Une réflexion sur la succession culture - couvert - culture doit nécessairement être menée afin que le couvert ne pénalise pas la culture suivante mais au contraire soit bénéfique (gestion du salissement, recyclage des éléments minéraux, lutte contre les parasites et les maladies).
.
PROTECTION ET STRUCTURATION DU SOL
.
Si la culture joue un rôle protecteur et structurant durant la majeure partie de l’année, l’absence ou la faiblesse de la couverture en automne-hiver, alors que le climat est très agressif, équivaut à une levée de protection du sol. L’établissement d’un couvert en interculture évite cet intermède préjudiciable (les sols naturels sont couverts de manière permanente). L’implantation d’un couvert protège physiquement le sol et favorise une activité structurante qui compense les facteurs de déstructuration (pluies, humidité, travail intensif du sol, épandages, récoltes …) :
.
-
Protection physique de la surface par la couverture qui intercepte les gouttes de pluies, réduit le ruissellement et l'érosion ;
-
Tissage du sol par les racines produisant un effet « fer à béton » ; amortissement vis-à-vis du trafic et du piétinement animal ;
-
Correction partielle des compactions par la pénétration racinaire ;
-
Protection et nutrition de la vie du sol par la biomasse du couvert : activité biologique structurante et humifiante.
.
RECYCLAGE DES ELEMENTS MINERAUX
.
Recyclage de l'azote
Sur l’ensemble de l’année culturale on observe un décalage possible entre les besoins des cultures en azote minéral et la fourniture : sans intervention humaine la fourniture d’azote est faible au printemps alors que les cultures ont des besoins importants, alors qu’en automne la fourniture est grande (minéralisation [1] et reliquats) et que les cultures sont absentes, en fin de végétation (maïs) ou sans besoins importants (céréales d’hiver). A cette perte provoquée par le décalage, s’ajoute celle engendrée par la consommation du stock de matière organique par minéralisation (travail intensif du sol et irrigation estivale intensive). Dans les deux cas, l’azote est exporté des parcelles [2], pollue le milieu naturel, et prive l’agriculteur d’un élément essentiel à la production végétale. Le sol a donc naturellement besoin d’une plante de couverture bien établie à la fin de l’été ou à l’automne.
.
Recyclage de tous les éléments minéraux
Le stock d’éléments minéraux disponibles pour les plantes est une ressource difficilement renouvelable puisqu'il faut quelques milliers d'années pour former les premiers centimètres de sol sous nos climats. Or la biomasse végétale, ainsi que la biomasse animale qui s’en nourrit, est composée d’une trentaine d’éléments minéraux indispensables. Dans un écosystème naturel le recyclage des éléments minéraux est assuré par les cycles de consommation-décomposition des chaînes alimentaires. En fin de cycle la matière organique est redécomposée en éléments minéraux qui servent à nouveau à la nutrition des plantes, et dans une moindre mesure à la nutrition de bactéries et d'animaux. Au-delà d’un simple rôle de pompe à nitrates, le couvert en mobilisant la totalité des éléments minéraux, facilite leur recyclage et évite leur lessivage, leur insolubilisation ou leur immobilisation.
L’exportation sans retour des récoltes et des résidus de culture (vente ou brûlage des pailles), la perte d’éléments par érosion, ruissellement et lessivage, conduisent progressivement à un épuisement de cette ressource, non complètement compensée par les engrais minéraux. Afin de préserver et d’enrichir ce stock, il est indispensable de le conserver dans le système sol - plante d’une année sur l’autre : la pratique des couverts végétaux est l’un des outils du recyclage.
.
CONTRÔLE DE LA VEGETATION ADVENTICE
Si aujourd’hui les moyens de contrôle mécaniques et chimiques des adventices sont les plus répandus et évidents, ce ne sont pas les plus économiques et les plus écologiques sur le long terme. Le couvert peut devenir un complément intéressant dans les stratégies de maîtrise du salissement ; il doit être " agressif " sur les plantes adventices : choix d’une espèce concurrentielle pour l’eau, la lumière et les nutriments, espèces allélopathiques [3], implantation suffisamment précoce pour conserver l’avantage sur les adventices, choix de l’espèce en fonction d’un éventuel programme de désherbage et/ou de la culture suivante. Bien qu'étant parfois très efficaces, les couverts végétaux ne peuvent à eux seuls suffir à gérer la flore adventice : il est avant tout nécessaire d’avoir une rotation longue et diversifiée.
SECURISATION ET AUGMENTATION DES RENDEMENTS
A moyen terme, une pratique adaptée des couverts d'interculture permet la stabilisation des rendements, voire leur augmentation, ainsi que la réduction des charges. Le système sol-plante a davantage d’autonomie de fonctionnement (structuration biologique, gestion de l'eau des adventices et des ravageurs...) et perd moins d’éléments minéraux tout en permettant à la vie du sol d'augmenter en quantité et en qualité.
Les économies se font en amont sur l’exploitation agricole (travail du sol, engrais, irrigation, produits phytosanitaires…) et en aval sur les infrastructures et réseaux des collectivités (curage des réseaux, assainissement de l’eau…). Ces économies sont soient directes (économie d’intrants), soit indirectes (préservation de la biodiversité et de l’environnement, qualité des productions agricoles).
Les couverts végétaux ne sont plus de simples CIPAN mais deviennent des outils agronomiques afin de préserver et de développer des sols de qualité : une sécurisation des itinéraires en TCS et semis direct, une ouverture vers une agriculture durable.
________________________
.
[1] La matière organique des sols est minéralisée par la flore bactérienne lorsque les conditions sont favorables : sol chaud et humide, principalement au printemps et en automne. C’est ce qui explique qu’une prairie produise de la biomasse à ces deux périodes.
[2] L’azote minéral sous forme de nitrates est mobile : il suit les mouvements de l’eau dans le profil. Il peut donc être entraîné hors des parcelles par la lame drainante. De la même manière en sols compactés ou battants, l’azote est entraîné dans les eaux de ruissellement (ainis que tous les autres éléments présents !).
[3] L'allélopathie est la propriété de certaines espèces à produire des substances chimiques inhibant la croissance des autres espèces. On peut citer le seigle, l'avoine, la navette.
.
Retour haut de page
|